Et le français se fait créole

Les langues sont des putains. Elles font le trottoir. Elles ne respectent plus leurs règles quand il s’agit de s’envoyer en l’air par un étranger à un coin de rue. Les langues s’ouvrent pour s’enrichir. Sans retenue.

Ce sont les meilleures des putains, elles ne se fatiguent pas, elles ne vieillissent pas, elles se métamorphosent. Le germanique s'est transformé en anglais, l'anglais devient l'américain. Le latin s’est converti en français pour ne pas disparaitre, et le français se fait créole. Envahi par la vitalité de l’américain, bientôt du mandarin, le français devient vermeil.

Pour le grand bal de la mondialité, le français revoit son maquillage. Ce sera encore un bal masqué, où il faudra encore plus cacher son jeu derrière des frontières Schengen, des ambassades indigénisées, des instituts et des alliances locaux, des gâteries de coopérations endormeuses. La langue enlève ses vieilles robes aux mille jupes sous-vêtements, ses corsets étouffants où s’emmêlaient les doigts de ses amants -y laissant parfois leurs meilleures plumes- et adopte les minijupes puisque la planète se réchauffe.

Ça chauffe au grand bal. La langue n’a plus ses manières pointues et fluettes de petite emmerdeuse dont la grammaire fait sa mijaurée. Elle rit à la bonne franquette et exhibe ses dialectes provinciaux. Face à son miroir, elle se fond de teint francophonie. Elle met en valeur ses accents et ne cache plus ses liaisons. Cette petite prend bien langue avec tous les mecs d’Amérique et d’Asie, qui sont venus faire la fête sur ces anciennes propriétés d’Afrique. Elle cède facilement. Elle ne boude plus. Elle a compris que les langues qui ont de l’avenir dans le métier doivent se faire plurielle.

Qu’une langue puisse s’ouvrir à toutes les autres pour un viol collectif. Que la langue française puisse se faire québécoise, haïtienne, roumaine, antillaise, congolaise, américaine, chinoise, japonaise à tous les carrefours du monde, c’est qu’elle s’est faite créole pour le grand bal masqué. L’Académie est un vieil hymen décousu.

Amants qui la croisez, soyez prudents. Cette langue a de l’expérience, sous son allure et ses atours créoles, elle se met en français dans le texte. Vous pourrez en perdre tout votre latin et le gout des jeunes filles de chez nous. 

Les langues sont des putains qui font le trottoir pour régler leurs affaires. Tant que la fête continue et que nous sommes encore invités, prenons la française en italique et jouissons-en. Pour une fois qu’elle se déride…

Wêchévains, DJAB

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